Saint Jean Eudes a écrit :
CHAPITRE XIV. (suite)
Voilà les promesses merveilleuses de notre très bon rédempteur. Mais est-il possible que des choses si grandes s'accomplissent ? Oui, cela est aussi certain qu'il est véritable que Dieu est Dieu : c'est ce que dit la bienheureuse Vierge : Sicut locutus est, etc.
Ô chrétien, que ta religion est admirable ! que ta profession est sainte et relevée ! Que ta condition est heureuse et avantageuse ! Comment se peut-il faire que tu ne meures point de joie en la vue de ces ravissantes vérités ? Mais comment est-il possible que ton cœur demeure froid et glacé au milieu de ces flammes ardentes de l'amour de ton Dieu au regard de toi ? Oh ! que les brasiers de l'enfer seront terribles pour toi, si, au lieu d'aimer un Dieu qui t'aime tant, tu le méprises, tu l'outrages et tu foules aux pieds ses divins commandements ! Ô mon Dieu, c'est de tout mon coeur que je veux vous aimer, non point pour la crainte de l'enfer, mais pour l'amour de vous-même. Ô mon Sauveur, prenez, s'il vous plaît, une pleine, entière et éternelle possession de mon coeur.
Notre adorable Sauveur n'est pas seul qui s'appelle le Fidèle et le Véritable; car la sainte Église donne aussi cette qualité à sa divine Mère : Virgo fidelis, Vierge fidèle. Cette Vierge Mère a déclaré à quelques-uns de ses favoris, ainsi qu'il est rapporté au Traité quatrième de sa triple Couronne (1), chapitre IX, § 9, qu'entre les titres d'honneur qui lui étaient donnés dans les Litanies qu'on chante tous les jours à sa louange, ceux qui lui agréaient le plus étaient : Mater amabilis, Mater admirabilis et Virgo fidelis. Et certes c'est bien avec raison qu'elle porte cette qualité, car elle est très fidèle en ses paroles et en ses promesses.
Écoutons la parler : Transite ad me omnes (2), c'est le Saint-Esprit qui la fait parler ainsi : « Venez tous à moi » : Omnes, non pas seulement quelques-uns, mais tous, hommes et femmes, grands et petits, riches et pauvres, jeunes et vieux, enfants et adolescents, sains et malades, justes et pécheurs, fidèles et infidèles, savants et ignorants; car je désire vous soulager tous en vos nécessités, et procurer le salut de tous. Venez à moi qui suis la Mère de votre Créateur et de votre Rédempteur; à moi qui suis votre Reine et votre Souveraine; à moi qui suis votre Mère et une Mère toute d'amour : Mater pulchrae dilectionis (3). Venez à moi avec grande confiance; car Dieu m'a donne tout pouvoir au ciel et en la terre, et j'ai plus d'amour et plus de tendresse pour vous, qu'il n'y en a jamais eu dans les coeurs de toutes les mères qui ont été, qui sont et qui seront. Venez à moi; car, comme j'ai donné la vie à votre chef adorable, qui est mon Fils Jésus, je puis aussi la donner à ses membres : Qui me invenerit, inveniet vitam (4). Venez à moi; car, comme je vous ai donné un Sauveur, je puis aussi et je veux coopérer avec votre salut éternel: Qui me invenerit, hauriet salutem a Domino (5). Venez à moi; car je vous aiderai en tous vos besoins; je serai toujours avec vous pour vous conduire partout et en toutes choses; je vous consolerai dans vos afflictions; je vous protégerai parmi tous les périls de cette vie; je vous défendrai de tous vos ennemis visibles et invisibles; je vous éclairerai dans les ténèbres; je vous fortifierai dans vos faiblesses; je vous soutiendrai dans vos tentations; je vous assisterai à l'heure de votre mort; je recevrai vos âmes à la sortie de leurs corps, et je les présenterai à mon Fils. Enfin, je vous logerai dans mon sein et dans mon Coeur maternel; je vous aurai toujours présents devant mes yeux; et je vous ferai voir que j'ai un véritable Coeur de Mère pour vous.
Mais écoutez-moi, mes enfants : Nunc ergo filii audite me (6); car bienheureux est celui qui m'écoute et qui obéit à mes paroles: Beatus homo qui audit me (7). Qu'est-ce que j'ai à vous dire ? Jetez les yeux sur la vie que j'ai menée en la terre, et sur toutes les vertus que Dieu m'a fait la grâce d'y pratiquer : ce sont autant de voix qui vous parlent et qui vous disent : Beati qui custodiunt vias meas (8) : « Bienheureux ceux qui marchent par le chemin par lequel j'ai marché », c'est-à-dire qui marchent par la voie de la foi, de l'espérance, de la charité, de l'humilité, de l'obéissance, de la pureté, de la patience et des autres vertus que j'ai pratiquées en la terre.
Embrassez donc toutes ces vertus de tout votre coeur, et surtout ayez un grand amour pour mon Fils Jésus; et si vous l'aimez, gardez fidèlement tous ses commandements : Quodcumque dixerit vobis facite (9).
Enfin sachez que mon Fils et moi, nous aimons ceux qui nous aiment : Diligentes nos diligimus (10). Aimez-nous donc comme votre Père et votre Mère; et nous vous aimerons tendrement et ardemment comme nos très chers enfants. Mais si vous nous aimez véritablement, efforcez-vous de mettre notre amour dans les coeurs des autres; et ces paroles s'accompliront au regard de vous : Qui elucidant nos, vitam aeternam habebunt (11) : «Ceux qui nous font connaître et aimer auront la vie éternelle.»
Voilà les paroles et les promesses de notre très bonne Mère, qui s'accompliront infailliblement au regard de ses véritables enfants; et même elle fait souvent plus qu'elle n'a promis.
Ô Jésus, Fils unique de Dieu, qui avez voulu être le Fils unique de Marie et nous mettre au rang de ses enfants et de vos frères, faites-nous participants, s'il vous plaît, de l'amour que vous lui portez, comme aussi de l'amour qu'elle vous porte, afin que nous aimions Jésus avec le Cœur de Marie, et que nous aimions Marie avec le Cœur de Jésus, et que nous n'ayons qu'un cœur et qu'un amour avec Jésus et Marie.
(1) Du R. P. Poiré,S.J.
(2) Eccli. XXIV, 26.
(3) Eccli. XXIV, 24.
(4) Prov. VIII,35.
(5) Prov. VIII, 35.
(6) Prov. VIII, 32.
(7) Prov. VIII, 34.
(8) Prov VIII, 32.
(9) Joan, II, 5.
(10) « Diligentes me, diligo. » Prov. VIII, 17.
(11) Eccli. XXIV, 31.